La crise économique américaine et le changement du monde

L’économie des Etats-Unis vacille et ce sont les bourses du monde qui s’affolent. Les Etats-Unis sont encore en mesure de mettre le monde en danger sur le plan économique, même s’ils ne sont plus en mesure d’imposer leurs solutions. Depuis la crise des « subprimes » en 2008, qui avait commencé par frapper le secteur immobilier puis bancaire aux Etats-Unis avant de s’étendre à l’ensemble du monde et en particulier à l’Europe, l’économie mondiale ne s’est pas vraiment remise. Selon l’ancien prix Nobel en économie Joseph Stiglitz, cette crise ne pouvait  que se reproduire puisque les mauvaises solutions y avaient été apportées. Dans une entrevue récente avec un hebdomadaire français, il avait ainsi expliqué qu’au lieu de modifier de façon drastique les principes de l’économie mondiale, notamment la primauté du secteur bancaire, en prenant des mesures qui seraient autant de garde fous face qui empêcheraient les banques de s’endetter au-delà de leurs fonds, les Etats-Unis, suivis par les Etats européens, s’étaient contentés d’aider les banques en difficulté et d’injecter des fonds dans le secteur bancaire, sans en changer le mode de fonctionnement. C’est pourquoi après une légère pause, le système est resté le même et la crise secoue de nouveau les bourses du monde, fragilisant les pays occidentaux, qui cherchent désespérément les moyens de booster leurs économies.

L’avantage de cette crise de l’économie américaine puis mondiale est que les guerres ne sont plus aussi faciles à mener qu’auparavant. Aujourd’hui, les Etats-Unis et avec eux l’Europe et l’Otan ne sont plus en mesure de se lancer dans des aventures militaires au Moyen Orient ou ailleurs comme l’avait fait l’administration de George W Bush. Et si le Qatar n’avait pas contribué financièrement et militairement à la campagne contre la Libye de Kadhafi, celle-ci n’aurait sans doute pas eu lieu. Même une guerre israélienne serait aujourd’hui très coûteuse pour les Etats-Unis qui auront des difficultés à financer le dispositif de bouclier anti-missile qu’ils ont installé dans l’entité sioniste et qui d’ailleurs n’a pas encore fait ses preuves. Par contre, cette crise économique a un grand inconvénient, c’est que les Etats-Unis et leurs alliés ont plus que jamais besoin des richesses du Moyen Orient pour assurer leur énergie et empêcher leurs économies de s’effondrer, surtout que la faillite menace certains Etats européens, comme l’Italie et l’Espagne, après la Grèce. Ainsi, si les troupes de l’Otan comptent se retirer bientôt d’Afghanistan, les troupes américaines, elles, souhaitent rester en Irak, pays riche en pétrole, quittes pour cela à devoir un jour mener des négociations avec l’Iran. En attendant, les Etats-Unis ont renoncé aux grandes guerres qu’ils ne peuvent plus mener en les remplaçant par des conflits limités géographiquement qui leur permettent de maintenir un certain contrôle dans la région. C’est ainsi que s’explique la déstabilisation dans la région et l’incitation à la peur chez certains régimes arabes pour qu’ils continuent à avoir recours aux Etats-Unis et à leurs alliés et pour qu’ils continuent à acheter des armes et à former des mercenaires destinés à les protéger de leurs voisins. Le meilleur moyen de déjouer ce plan serait de renforcer les liens entre les pays de la région pour qu’ils cessent d’avoir peur les uns des autres et se concentrent contre leur ennemi stratégique Israël.

La crise économique des Etats-Unis et du monde occidental ne peut que s’accompagner d’un affaiblissement de leur rôle politique et diplomatique. Le problème, c’est que dans la région, de nombreux régimes n’ont pas encore compris cette nouvelle donne. %ais il ne faut plus avoir peur des réalités. « L’hyperpuissance » américaine est en train de s’affaiblir et c’est un monde nouveau qui est en train de naître, avec peut-être une économie plus juste et plus équilibrée. Le processus peut prendre du temps, mais il est irréversible…