conseil de sécurité

Le Liban s’est abstenu de voter hier la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité de l’Onu condamnant la répression en Syrie. Aussitôt, les voix du 14 mars se sont élevées contre cette attitude qualifiée de prolongement de la tutelle syrienne. Mais qu’auraient dit ces mêmes voix si le Liban avait voté contre cette déclaration, rendant impossible son adoption car sleon les statuts de l’Onu, elle ne doit pas faire l’objet d’un vote hostile. En somme, le Liban a, à sa manière, rendu possible l’adoption de cette déclaration, sans faillir à ses engagements régionaux et sans violer l’accord de Taëf et la Constitution qui exige des relations privilégiées avec la Syrie. Cette position subtile dépasse sans doute l’entendement des personnalités du 14 mars. On ne peut pas trop leur demander non plus.

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parlement

hier au cours de la séance parlementaire de législation, le Dr Ahmed Fatfat a proposé que les députés observent une minute de silence en hommage aux martyrs du peuple syrien « qui, a-t-il dit, ont tant donné au Liban ». Le dr Fatfat ne s’est pas trompé, le peuple syrien a eu beaucoup de victimes au Liban surtout en 2005 après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariir, lorsque les partisans du Courant du Futur et de ses alliés faisaient brûler les tentes des ouvriers syriens et les poursuivaient pour les tuer. Ces martyrs-là sont-ils inclus dans l’hommage silencieux qu’espérait réserver Fatfat au peuple syrien? Nous ne le saurons pas puisque le président de la Chambre a estimé que cette question était hors sujet.Le Dr Fatfat s’est rassis en souriant, ayant accompli son devoir d’entreprendre une tentative d’obtenir une position du Parlement libanais en faveur du peuple syrien.

le souci d’investiguer

il paraît que les autorités syriennes refusent de laisser entrer les journalistes dans leur pays. Personnellement j’ai obtenu avec d’autres journalistes une autorisation pour faire des reportages et recueillir des témoignages en Syrie, mais plusieurs médias ne souhaitent visiblement pas envoyer des journalistes sur place. Pourquoi?

Un plan d’opposition… lié au sort du régime syrien

Il a fallu une semaine au camp du 14 mars pour absorber le choc de la formation du gouvernement Mikati. Comme cela arrive régulièrement ces derniers temps, ce camp avait basé toute sa stratégie sur d’abord l’impossibilité pour l’ex-opposition de devenir une majorité parlementaire et de désigner un autre candidat que le sien à la présidence du Conseil et ensuite sur l’impossibilité pour Ngéib Mikati de former un gouvernement.

Le 24 janvier, il avait donc eu un premier choc en constatant que la majorité parlementaire a changé de camp et qu’elle a désigné Mikati à la tête du gouvernement. La première réaction du chef du 14 mars Saad Hariri a été de décréter une journée de la colère qui s’est transformée en actes de vandalisme, notamment à Tripoli et qui a donné une très mauvaise image du Courant du Futur qui affirme constamment vouloir édifier un Etat. Saad Hariri a essayé de se rattraper en présentant des excuses comme par hasard à la chaîne Al Jazira (dont les vandales avaient endommagé les équipements) et il s’est senti rassuré en voyant comment le secrétaire d’Etat adjoint américain Jeffrey Feltman se démenait pour empêcher la formation d’un gouvernement.

Mais une fois de plus, il a été pris de court par les événements. Comme chaque fois qu’il est choqué, il a eu recours à la seule chose qu’il sait faire, lui le défenseur de l’Etat, c’est-à-dire provoquer des affrontements confessionnels à Tripoli, peu soucieux des sept morts tombés pour assouvir sa colère et son refus de l’alternance du pouvoir, lui qui se soucie tant de la démocratie. Là aussi, les événements se sont retournés contre lui, car le Premier ministre a rapidement et fermement réagi, mettant rapidement un terme aux affrontements en déployant l’armée et les forces de l’ordre, tout en affirmant que ce n’est pas ainsi que l’on fait une opposition démocratique.

Laissés à eux-mêmes, ses alliés du 14 mars présents au Liban ont tenté de rattraper la faute, multipliant les accusations contre le nouveau gouvernement qualifié de création syro-iranienne. Mais ces déclarations désordonnées montraient surtout le malaise au sein du 14 mars et surtout la grande peur de voir le nouveau gouvernement réussir sa mission et parvenir à neutraliser la communauté internationale. D’ailleurs, dans les salons discrets du 14 mars, des critiques étaient adressées à cheikh Saad parce qu’il avait laissé ses alliés en plan, pour se réfugier à Paris pour des raisons dites de sécurité.

Il fallait donc réagir et resserrer les rangs d’un camp de plus en plus perdu. C’est ainsi que plusieurs personnalités du 14 mars se sont rendues à Paris pour y rencontrer le grand chef. Il fallait surtout donner l’impression de ne pas laisser la scène au gouvernement et à la nouvelle majorité et surtout consulter les alliés (les parrains pourrait-on dire) américains.

48heures plus tard, les visiteurs de Paris sont rentrés à Beyrouth avec disent-ils un plan d’action clair qui va s’opposer au gouvernement, pour le faire chuter dans les plus brefs délais. Ce qui se dit en coulisses, c’est que les personnalités du 14 mars ont obtenu de leurs interlocuteurs des assurances sur la fin prochaine du régime syrien. Il leur est seulement demandé de maintenir la pression sur ce régime, médiatique et autre, notamment en organisant régulièrement des manifestations en faveur des rebelles, et en apportant le soutien et les infrastructures nécessaires à l’opposition syrienne. La chute n’est plus qu’une question de semaines, et alors, il sera facile à la nouvelle opposition de reprendre la majorité au Parlement et l’initiative au pouvoir. Dans le même sillage et pour augmenter la pression, la publication de l’acte d’accusation du TSL est annoncée pour les prochaines semaines, dans le but de mettre en difficulté le gouvernement et de porter le coup de grâce au régime syrien.

En guise d’opposition démocratique interne, on peut faire mieux, car tout le plan repose sur le sort du régime syrien et est lié aux développements en Syrie. Comme quoi plus que jamais, l’opposition du 14 mars se présente comme un instrument entre des mains étrangères non pour assurer un Etat de droit au Liban, mais pour servir les intérêts régionaux d’Israël et des Etats-Unis. Jusqu’à preuve du contraire…